Conférence d’ouverture Niteroï 2016 – Professeur Emerson Merhy

Fraîchement arrivé de Copacabana où avaient lieu depuis le matin des manifestations contre la destitution de la présidente Dilma Rousseff, le professeur et activiste Emerson Merhy a partagé avec une salle comble ses réflexions sur le passé, le présent et l’avenir du Brésil.

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Ancré dans une posture située, son témoignage soulevait notamment des questions cruciales sur la démocratie et l’état de droits arbitraires qu’il constate au Brésil tout en expliquant des dimensions stratégiques du vote qui se déroulait en même temps que sa conférence. Or, malgré ses constats sombres, Emerson Merhy croit toujours au sens et à la pertinence des luttes actuelles et à venir ainsi qu’à la capacité des Brésilien.ne.s de créer des imaginaires qui défont et reconstruisent une partie de l’histoire du Brésil où « chaque vie vaut la peine d’être vécue ».

C’est avec fierté que nous vous offrons en intégralité la conférence du professeur et activiste Emerson Merhy (en portugais, sous-titrée en français) :

 

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À la suite de son témoignage, Emerson Merhy a accepté de vulgariser les enjeux du vote historique de dimanche dernier (en portugais, sous-titrée en français) :

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Plusieurs étudiant.e.s Brésilien.ne.s assistaient à la conférence de professeur Merhy. Voici quelques unes des réactions recueillies à la fin de celle-ci (en portugais, adaptation française ci-dessous) :

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Adaptation française des témoignages d’étudiantes :

Bonsoir, je m’appelle Eluana. À la suite du discours de notre très cher professeur Merhy, je ressens un sentiment d’appréhension car notre société est prise dans un moment instable de son histoire au plan politique. Quand nous avons programmé cette conférence, nous ne savions pas que nous serions au sein de cette situation. Dès le début de sa conférence, Merhy a expliqué qu’il ne pouvait faire autrement que de décrire ce qui se passait dans son corps de même que toutes les émotions qu’il vivait liées au processus du vote sur la destitution. À la suite de cette conférence, je ressens une bouffée d’espoir, la motivation de continuer la lutte. C’est mon sentiment aujourd’hui.

Bonsoir, mon nom est Priscila. J’ai aussi assisté à la conférence aujourd’hui. Le moment que nous vivons actuellement au Brésil m’effraie un peu. Nous avons des conflits dans la manière de penser, des conflits qui opposent plusieurs segments de la population qui souhaitent des choses différentes. C’est aussi un moment de confrontation dans notre pays et j’espère qu’après le vote, il n’y aura pas de confrontations physiques. Je suis d’accord avec professeur Merhy quand il mentionne que nous sommes dans une situation rétrograde en regard du militarisme et ce point de vue m’a touchée pendant sa conférence.

Bonsoir, je suis Eloa. Je suis d’accord avec ce qu’a dit Professeur Merhy. Il est une référence pour nous travailleur.e.s de la santé et pour les personnes en formation. J’ai apprécié sa conférence car il milite pour le système de santé et pour l’égalité entre tous et toutes. J’ai aussi apprécié sa vision de nous rassembler pour créer les transformations souhaitées. Je sors rassurée qu’il faut militer pour la démocratie afin de construire un meilleur pays.

Est-ce que je peux dire ce que j’ai écrit avant? Oui, je ne frappe pas de casseroles. Je suis la fille ainée suivie par quatre frères. Ma mère était la présidente du syndicat du mouvement pour les travailleur.e.s de la santé. Mon père et ma mère ont tous les deux été torturés et envoyés en prison. Cette lutte est donc une vieille réalité pour moi. Mon corps porte les inscriptions de l’histoire de la dictature. Celui de mes frères aussi. Ce qui me fâche en ce moment, c’est que la classe politique et l’élite intellectuelle sont conservatrices et cela m’affecte car nous voulons une approche différente. Nous avons également toujours cette difficulté au sein de l’université à tenter de réaliser ce projet qui est en construction depuis si longtemps. Ce projet doit être construit à l’intérieur du système universitaire et avec les autres secteurs de la société. Je suis Brésilienne et je sais que plusieurs personnes continueront de détruire et d’autres, de reconstruire. Merhy mentionnait qu’il n’abandonnera pas et moi non plus. Nous sommes Brésiliens et nous n’abandonnons jamais.

Les médias manipulent en faveur de la destitution. Il y a plusieurs types de manipulations idéologiques qui m’affectent. Je fais partie de la génération qui est née après la dictature, situation que je n’ai pas expérimentée comme professeur Merhy. Malgré tout, j’ai étudié l’histoire et je comprends maintenant ces processus de manipulation au plan théorique même si je ne les ai pas vécu dans mon corps. Cependant, je ressens par mon corps cette manipulation des idées : plusieurs choses sont cachées et ne deviennent jamais publiques même si elles existent.

 

Crédit images de la conférence : Manuel Gonzalez-Carpanetti.

Crédit son de la conférence : Sébastien Pesce.

Crédits photos et témoignages de professeur Merhy et des étudiantes :  Bruno Robbes et Karoline Truchon.

 

***Un immense merci à Simone Borges Paiva pour l’aide à l’adaptation française des témoignages des étudiantes.***

 

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Pour rejoindre l’auteure :

Karoline Truchon,

chercheure postdoctorale,

Centre d’histoire orale et de récits numérisés,

Université Concordia.

karoline.truchon@gmail.com

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