Vulnérabilité

Claire de saint Martin, Pascal Fugier, Maîtres de Conférences en Sciences de l’éducation,
Catherine Aubouin, doctorante
Laboratoire EMA, Ecole, Mutations, Apprentissages
ESPE, Université de Cergy Pontoise

Expérimentation « Agir avec des personnes classées « vulnérables »

Participants : Tuliola Almeida de Souza Lima, Regina Celi Ribeiro (U. fed. Du Minas-Gerai), Kalis Dias Vieira (U. Pont. Catho. Minas-Gerai), Izabel Frische-PAssos, (UFMG), Monica da Oliveira Nunes (U. fed. de Bahia), Claudia Penido (UFMG), Daisy Queiroz (UFF), Jacinthe Rivard (U Montréal), Roberta Romagnoli (U. Pont. Catho. Minas-Gerai), Silvia Tedesco, (UFF)

Le chercheur menant une recherche collaborative est pleinement engagé sur le terrain et avec les acteurs de terrain. Il accompagne ces derniers à saisir une nouvelle compréhension de leur réalité. Selon Freire, la conscientisation du monde place nécessairement l’homme dans son insertion sociale. Considérée « comme un effort de connaissance critique des obstacles, c’est-à-dire de leur raison d’être », (Freire, 2013, p. 70) elle fait de l’homme un être conditionné, et non déterminé par son milieu, parce qu’il participe à sa construction et peut le transformer. Cette perspective place donc le politique au cœur de la recherche avec.
Cette question est encore plus prégnante dès lors que le chercheur travaille avec des personnes socialement déclassées, c’est-à-dire étant reconnues comme ne pouvant pas participer pleinement à la vie sociale : personnes en situation de handicap, personnes considérées comme psychiquement défaillantes…
Les actions menées avec ces personnes ont nécessairement une visée de transformation sociale (de Saint Martin, 2014). Tout comme Freire énonce que l’enseignement est politique parce qu’il est intervention dans et sur le monde, la recherche avec est politique parce qu’elle est intervention dans, sur et avec le terrain qu’elle étudie. Les enjeux de savoir, de pouvoir, mais aussi politiques apparaissent inhérents à toute recherche avec. Mais comment faire participer des acteurs reconnus « faibles » (Payet, Giuliani, Laforgue, 2008), par l’ensemble de la société ?
Nous proposons de réfléchir à la question du politique à travers trois expériences mettant des « acteurs faibles », classées vulnérables, au cœur du projet :

1. Lundi 23 avril, 9h-12h. : présentation de la recherche « pratique théâtrale et inclusion, menée au cours d’un stage de théâtre « le croisement de regards »
Cette recherche-action s’est déroulée sur 10 jours en août 2017. 12 stagiaires ont participé à un stage de formation théâtrale réunissant des personnes en situation de handicap, des personnes porteurs de troubles psychiques et des personnes valides. Ce stage était adossé à un processus de recherche sur la question de l’inclusion. L’intervenant artistique, Frédéric Richaud a fait une proposition artistique en considérant le processus inclusif, entendu comme l’adaptation de l’environnement à la situation de handicap. Parallèlement au travail théâtral, les stagiaires ont participé à des séances de réflexion collective au cours desquelles ils ont collectivement analysé la situation inclusive qu’ils vivaient.
A partir d’extraits d’un film tourné à cette occasion, une table ronde sera organisée avec différents participants de ce stage : les chercheuses, l’intervenant artistique, des stagiaires, le cinéaste. Cette expérience, ainsi que les contributions écrites de différents participants, seront le point d’entrée d’une réflexion sur les enjeux politiques de telles recherches, également constitué
Nous attirons votre attention sur le fait qu’il ne s’agit pas ici de proposer un temps de communication aux différents chercheurs sur leurs recherches, mais, à partir du récit d’une expérience par ses acteurs, d’initier des échanges avec tous les participants, chercheurs, professionnels, usagers, sur ce type de recherches avec des personnes dites vulnérables.
Ce temps est public, ouvert à tous ceux qui le souhaitent

2. Lundi 23 avril, 12h30-16h30 visite d’un ESAT (Etablissement Spécialisé d’Aide par le Travail).
En France, les personnes adultes classées déficientes ou porteuses de troubles envahissants du développement peuvent travailler en milieu protégé dans différents secteurs. « Les ESAT développent des initiatives dans les domaines des services, de l’industrie, de l’agroalimentaire, du tourisme ou encore du développement durable. Ils promeuvent un accroissement des droits de leurs travailleurs en matière d’intégration sociale, d’expression et de représentation, de formation professionnelle et d’exercice de la citoyenneté. » (Zribi, 2012). Les personnes employées en ESAT ne sont pas salariés et travaillent sous la supervision d’éducateurs. « L’existence même des esat pose la question du travail comme élément de statut social et construction identitaire. » Ducret-Garcia, 2011, p. 131).
L’ESAT du Castel à Gennevilliers accueille 95 personnes reconnues travailleurs handicapés et propose une offre importante de service : traiteur, blanchisserie industrielle, entretien et création d’espaces verts, reprographie, restaurant, cafétéria, entre autres. Après avoir déjeuné au restaurant, nous rencontrerons la chef de service et certains travailleurs.
Ce temps est fermé, constitué d’un groupe d’une douzaine de personnes maximum.

3. Mardi 24 avril, 19h-12h. Raisons d’une « non visite »
Nous devions initialement visiter le Centre de Traitement et de Réadaptation Sociale à l’hôpital psychiatrique de Ville Evrard (Seine-Saint-Denis), créé par Paul Sivadon, qui poursuivait l’œuvre de Tosquelles et Oury. Mais la psychothérapie institutionnelle a disparu du centre et de toute institution d’Ile de France. Cette disparition est-elle un analyseur de l’état de la psychiatrie française ?
Et si, à partie de cette non visite, on parlait de psychiatrie ? L’appréhension des maladies mentales et les moyens de les traiter ont évolué au fil du temps, aussi loin que l’on s’en souvienne le destin de la psychiatrie a toujours été dépendant de la société. « À la sortie de la Deuxième Guerre mondiale, une poignée de jeunes psychiatres, qui pour des motifs humanistes, qui par engagement politique, qui par souci d’une clinique digne de ce nom, furent les protagonistes d’un mouvement original cristallisé plus tard sous le nom de psychothérapie institutionnelle, visant à bouleverser la considération et l’approche de la folie. » (Oury, Faugeras, 2013. C’est ce que l’on nommait humanisation des hôpitaux et des relations soignant-soigné. L’idée de la PI est de « profiter au maximum des
structures existantes afin d’essayer d’exploiter tout ce qui peut servir
à soigner › les malades qui y vivent » (Oury, 1970) Pour ce mouvement, l’institution était décrétée malade et nécessitait des soins.
Est-il encore possible aujourd’hui de faire de l’institution un « instrument de soins » des maladies mentales ? Les mutations profondes qui animent le monde de la santé – rationalisation des coûts, mutualisation des moyens, recherche constante de l’amélioration des pratiques, ouverture des frontières, mais aussi responsabilisation et autonomisation de chaque acteur – impactent de plein fouet les professionnels de santé dans leur quotidien de travail, dans la gestion de leur carrière, dans leur formation actuelle et future. Il leur est demandé d’intégrer une dimension économique à leur pratique. Tout ceci bouscule les mentalités, introduit de fait une modification des représentations, des valeurs de la profession et vient bousculer la culture professionnelle au travers de la perception de l’approche du soin.
La thérapie institutionnelle fait-elle partie désormais de l’histoire de la psychiatrie ?
Nous avons invité des membres du Collectif des 39, mouvement pour la psychiatrie (http://www.collectifpsychiatrie.fr/ ), pour traiter de ces questions.
Ce temps est public, ouvert à tous ceux qui le souhaitent.

4. Bilan des deux journées, Gennevilliers, 14h30-16h.

Bibliographie
Ducret-Garcia, A. (2011). Ouvriers en esat : des représentations professionnelles de métier hétérogènes. Empan, 83, (3), 130-138.
Collectif des 39. http://www.collectifpsychiatrie.fr/
Freire, P. (2013). Pédagogie de l’autonomie. Toulouse : Erès. (1ère édition : 2006).
Oury. J. (1970). La psychothérapie, de Saint-Alban-sur-Limagnole à La Borde. Conférence faite à Poitiers le 15 mars 1970.
Oury, J., Faugeras, P. (2013). Préalables à toute clinique des psychoses: Dialogue avec Patrick Faugeras. Toulouse : ERES.
Payet, J-P., Giuliani, F., Laforgue, D., La voix des acteurs faibles. De l’indignité à la reconnaissance. Rennes, PUR.
de Saint Martin, C. (2014). Que disent les élèves de CLIS 1 de leur(s) place(s) dans l’école ? Un empan liminal. Mémoire de doctorat en Sciences de l’éducation. Université de Cergy-Pontoise. http://biblioweb.u-cergy.fr/theses/2014CERG0702.pdf
Zribi, G. (2012). L’avenir du travail protégé: Les ESAT dans le dispositif d’emploi des personnes handicapées. Rennes, France: Presses de l’EHESP.

3 Commentaires

  • février 6, 2018

    Regina Celi Fonseca Ribeiro

    Je suis Regina Céli Fonseca Ribeiro, Professeur de cours d’ergothérapie (Terapia Ocupacional) à l’Université Fédérale de Minas Gerais et membre du «Laboratoire de Groupes, Institutions et Réseaux Sociaux (L@GIR) ». Pendant mon doctorat, sous la direction du professeur Izabel Friche Passos et avec l’aide de la chercheuse Kelly Dias, nous développons une recherche-intervention avec citoyens dans la souffrance psychique à Belo Horizonte.

    Nous étudions la production de l’autonomie et l’empowerment dans deux champs empiriques différents. L’un d’eux était le « Noyau de Création et Recherche Crapauds et Noyés », un noyau de création et de recherche dans le théâtre, le cinéma et la performance. C’est un collectif autonome de ville de Belo Horizonte, reconnu pour son travail d’intersection entre l’art et la folie.

    Je voudrais contribuer à cette expérimentation. Avec la collaboration du collectif « Crepeauds et Noyés », nous allons préparer une proposition qui peut ajouter à la proposition de cette expérimentation.

  • mars 4, 2018

    Jacinthe Rivard

    Bonjour Claire,

    Je vais suivre ton conseil et aller à Strasbourg. J’espère que tu passes un bon séjour chez nous et je te dis Hasta luego !

    Jacinthe.

  • mars 6, 2018

    Claire de Saint Martin

    Ok pas de souci, on aura de toute façon l’occasion de discuter à Ligoure !

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